Anne Chamayou : « Comment faire quelque chose avec rien (ou presque) : l’édition des 41 dernières lettres de Rousseau (1774-1778 – Œuvres complètes, Classique Garnier). »

Le 10 octobre 2024, l’université Paul-Valéry Montpellier a accueilli Anne Chamayou, enseignante chercheuse de l’université de Perpignan, spécialiste de la littérature épistolaire du XVIIIᵉ siècle. Elle a publié de nombreux ouvrages tels que, L’esprit de la lettre XVII-XVIIIᵉ siècle, paru en 1999 chez PUF et Jean-Jacques Rousseau ou le sujet du rire, paru en 2019 chez Artois Presses Universitaires. Elle s’intéresse également à la gastronomie et aux saveurs au sein de la littérature. Sont présents lors de ce séminaire des étudiants en Master, des personnes extérieures à l’université et trois personnes en visioconférence, dont Michèle Crogiez-Labarthe, enseignante chercheuse et auteure ainsi que Blandine Poirier, secrétaire générale de la Société d’Études Staëliennes. Ce séminaire se concentre sur les recherches d’Anne Chamayou sur la correspondance de Jean-Jacques Rousseau lors des quatre dernières années de sa vie.

La chercheuse précise que les recherches concernant la correspondance de Rousseau se fondent sur le travail de Ralph Alexander Leigh (1915-1987), ancien professeur à l’université d’Edimbourg. Il a réalisé à lui seul pendant 30 ans le plus grand travail de recherche effectué à ce jour sur Jean-Jacques Rousseau, la Correspondance complète de Jean-Jacques Rousseau en 53 volumes. C’est un travail colossal : 8 400 lettres et 700 documents incluant des lettres passives et actives. Le travail de Ralph Leigh a été racheté par des chercheurs de l’université d’Oxford, cependant, celui-ci a pris un temps considérable, ce qui a entrainé un retard sur les recherches. Cet investissement, malgré le contretemps qu’il a entrainé, a permis aux chercheurs de fonder leur travail sur une première production très riche.

Anne Chamayou nous dévoile qu’un débat vif concernant la datation de certaines lettres persiste, de ce fait, subsiste également la problématique du classement des ouvrages. Les chercheurs envisagent sept volumes datés de 1774 à 1778 contenant environ 5 420 lettres actives. Afin d’éviter tout risque de noyade, Anne Chamayou ne publie que les lettres actives de l’auteur. L’éventualité de noyer les informations est plus importante à cause des nombreuses problématiques rencontrées sur le chantier : la structure, le réaménagement des contextes, la définition d’une particularité, le travail sur les notes existantes et la numérotation du système de notation sont les défis majeurs auxquels sont confrontés les chercheurs.

Anne Chamayou se fonde sur le fait que lors des quatre dernières années de sa vie, Rousseau ne se souvient plus de ce qu’il a écrit. Le titre donné à la conférence prend alors tout son sens. Le chantier des lettres actives de Rousseau devient un travail d’interprétation d’un matériau faible. C’est un défi pour la chercheuse et un plaisir d’écouter ce presque silence que rapporte Rousseau, qu’elle interprète comme un accomplissement, une plénitude de ce rien. C’est un épilogue de création sur et par Rousseau.

À la fin de ce séminaire, des questions ont pu être posées. Michèle Crogiez-Labarthe s’interroge sur une éventuelle explication concernant le silence de Rousseau pendant les dernières années de sa vie. Anne Chamayou y voit une forme d’optimisme, d’autosuffisance dans ces promenades, telle une modalité journalière. Cependant, elle insiste sur le fait que ce ne sont que des théories qui ne sont pas prouvées dû au manque d’informations et de recherches.

Blandine Poirier s’est interressé à la lettre fantôme du 23 mai 1778 de Rousseau à sa femme.

Enfin, un étudiant en master de lettres demande de répondre en toute honnêteté sur le travail interprétatif effectué, Elle lui apporte un réponse ouverte puisqu’il s’agit avant tout d’un travail sous forme d’essai, stimulant mais donnant peu d’espace à l’analyse du style car il y a peu de visuel de disponible.