Lumac 20-21

Lumières actives : 20e et 21e siècles

programme soutenu par la Maison des Sciences de l’Homme (MSH-Sud)

 

Porteurs institutionnels : Franck Salaün (Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières, UMR 5186 du CNRS), Nicolas Saby (Institut Montpelliérain Alexander Grothendieck, équipe DEMA, UMR 5149 du CNRS), Chryssanthi Avlami (Université Panteion des sciences sociales et politiques d’Athènes).

Organisateurs du programme : Chryssanthi Avlami, Marie-Noëlle Ciccia, Stéphanie Roza, Nicolas Saby, Franck Salaün, Jean-Pierre Schandeler.

 

L’objet du projet « Lumières actives : 20e et 21e siècles » est d’analyser le phénomène politique, philosophique et culturel que désigne en français le syntagme Les Lumières, en fonction de ses réactivations dans le monde contemporain. Bien que le concept ne soit pas unifié, et que les termes employés pour le désigner dans les différentes langues ne soient pas véritablement synonymes, il occupe une place fondamentale dans les représentations collectives, comme on l’observe lors d’événements politiques, de conflits, de luttes d’émancipation, ou d’actes de terrorisme. Le but du projet est de mieux comprendre la façon dont ce courant, unique ou multiple, touche aujourd’hui différentes cultures et se trouve réactivé ou contesté de différentes façons. L’enquête en cours, qui s’appuie sur un vaste réseau international, porte sur ce que l’on propose de nommer les Lumières actives. On utilisera surtout cette expression lorsque les concepts qui sont généralement associés aux Lumières ont un effet structurant sur les débats (liberté, égalité, droits de l’Homme, laïcité, tolérance, universalisme…).

 

  1. Savoirs et société

L’une des caractéristiques du mouvement des Lumières, compris comme un phénomène international, est d’avoir milité en faveur d’une plus grande diffusion des savoirs et d’une reconnaissance de l’appartenance des individus à une même humanité. Ces deux caractéristiques expliquent en partie le rôle joué par les Lumières dans l’imaginaire collectif et dans les débats aujourd’hui. Le projet Lumac 20-21 porte à la fois sur l’histoire de ces représentations et de ces débats – c’est l’un des objets du colloque What is The Enlightenment ? New Answers to the Old Question, organisé par Sergueï Karp et Vladislav Rjéoutski en collaboration avec notre équipe (Moscou, juin 2017), et sur les réactivations repérables dans le monde contemporain. De fait, réfléchir aujourd’hui sur le positionnement des uns et des autres par rapport à ces enjeux, notamment sur l’opposition entre partisans des Lumières et anti-Lumières, ou entre assimilation des Lumières au colonialisme par les études postcoloniales et revendication de valeurs universelles, est une façon d’interroger les relations entre savoirs, traditions et organisations sociales. À cet égard, on peut considérer que loin de rompre avec les problématiques des Lumières, les discussions actuelles sur la responsabilité de l’homme à l’égard du milieu naturel en sont le prolongement logique.

Une enquête sur l’actualité des Lumières est particulièrement propice à une réflexion sur la spécialisation des discours et sur la place des sciences humaines et sociales dans les processus de modernisation des sociétés. Notre programme s’intéresse à l’histoire des disciplines et à leur dimension sociale, notamment sous l’angle de la politique, des débats de société et de l’enseignement. Outre l’histoire, la philosophie et le droit, on s’intéressera à des disciplines qui paraissent, de prime abord, moins liées à l’organisation sociale, en particulier les mathématiques. D’où l’intérêt de la « mathématique sociale » définie pendant la Révolution française, dans le prolongement des travaux de Condorcet, et réactivée au milieu du 20e siècle. Il ne s’agit pas ici de promouvoir la mathématisation des sciences humaines, ou une forme de positivisme, mais d’envisager les rapports entre sciences et société. Quelle place faut-il faire aux sciences, au sens large ? Que peuvent-elles apporter à la vie démocratique ? Comment les enseigner ?

 

  1. Terrains / objets

Un ouvrage réunissant les communications présentées dans le cadre du séminaire préparatoire du projet Lumières actives 20-21 paraîtra cette année sous le titre Enquête sur la construction des Lumières (dir. F. Salaün et J.-P. Schandeler, Ferney-Voltaire, C18, 2017). Dans le prolongement de ce travail, on étudiera les appropriations de l’héritage des Lumières par des individus et des groupes, y compris les instrumentalisations au service de diverses causes, en privilégiant des études de cas correspondant à des pays ou des zones géographiques — à commencer par le Brésil, grâce à l’équipe de Belo Horizonte (dirigée par Luiz Carlos Villalta), avec laquelle nous avons organisé en 2016 le colloque A Globalização das Luzes / La Globalisation des Lumières (Belo Horizonte et Ouro Preto, novembre 2016), les Balkans, au centre du colloque d’Athènes, From Ottoman Europe to the Balkan Nations: Questioning the Enlightenment (23-25 mai 2018) organisé par notre équipe, l’Afrique du nord, avec le soutien de collègues tunisiens, et la Chine, grâce, notamment, à Li Ma, Xinghi Liu et Meijian Zheng) ; des types d’événement (révoltes, manifestes politiques, lois, etc.), des objectifs sociaux (éducation, cohésion sociale, etc.) ; ou à des modes d’intervention (livres, traductions, courants). Il faudra d’abord décrire les différentes façons de réactiver ou de rejeter les Lumières à travers le monde, avant de réunir les résultats dans un Atlas des Lumières. Cet ouvrage collectif tiendra évidemment compte des résistances aux Lumières.

Parmi les enquêtes qui seront menées, on peut citer :

– un travail collectif sur le rejet des Lumières, les études postcoloniales et l’anti-occidentalisme ;

– un travail collectif, en collaboration avec des collègues tunisiens, sur les références aux Lumières dans les Révolutions arabes ;

– des études de cas, pilotées par Nicolas Saby, en collaboration avec Paola Valero (Aalborg University), Takashi Nakanishi (Hiroshima University), Marion Cousin (Institut d’Asie Orientale) et Luis Radford (Université Laurentienne), concernant les rapports entre l’enseignement des sciences et la démocratisation dans différents pays (en particulier au Japon, en Tunisie, en France et au Canada) ;

– des recherches sur la présence des livres représentatifs des Lumières dans différents pays en langue originale ou traduits, notamment au Portugal, au Brésil (sous la direction de L. C. Villalta), en Chine, en Grèce et en Russie ;

– la réception des Lumières en tant que révélateur des différences culturelles et enjeu des relations interculturelles ;

– les Lumières dans les manuels scolaires du 19e siècle à aujourd’hui, notamment dans les manuels d’histoire en Grèce (projet proposé par nos partenaires de l’Université Démocrite de Thrace).