Huguette Krief et Mathilde Chollet « À l’assaut des légendes, ou le recours aux archives dans l’Édition de la Correspondance complète de Sophie Cottin »
Huguette Krief est professeure et maîtresse de conférence spécialisée en littérature des Lumières et de la Révolution. Elle a travaillé sur le roman, les relations entre la fiction et la politique, sur le genre poétique et épistolaire, la philosophie, les questions d’histoire culturelle et la littérature autour des femmes et de la création littéraire féminine. Elle est rattachée au centre aixois des recherches sur le XVIIIᵉ siècle. Elle a notamment publié en 2015 le Dictionnaire des femmes des Lumières aux éditions Honoré Champion ; en 2018 Femmes des Lumières, aux éditions Garnier en collaboration avec Marie- Emmanuelle Plagnol-Diéval, Michèle Crogiez Labarthe et Edith flamarion ; enfin, en 2023, La Sapho des Lumières, également aux éditions Garnier.
Mathilde Chollet est agrégée d’histoire et a soutenu en 2014 une thèse à l’Université du Maine autour de Madame de Marant s’intitulant L’ambition féminine au siècle des Lumières, éducation et culture au château : les journaux de Madame de Marant. C’est cette thèse qui a mené à la publication en binôme avec Huguette Krief, d’une édition critique de ses journaux : Une femme d’encre et de papier à l’époque des Lumières, paru en 2017 aux Presses universitaires de Rennes. Spécialisée dans l’histoire culturelle et sociétale des femmes de l’Ancien Régime, elle s’intéresse aux réseaux féminins de sociabilité et de correspondance. Elle étudie notamment l’écriture intime et l’egodocument. Elle travaille en lycée et est rattachée à l’IHRIM de l’UMR intersites entre plusieurs universités (Lyon II, Lyon III, Grenoble et ENS de Lyon).
La collaboration, un travail interdisciplinaire
L’association d’Huguette Krief et Mathilde Chollet a donné lieu à un travail collaboratif et critique pour rassembler la correspondance complète de Sophie Cottin, le but étant de déconstruire les préjugés fondés sur des fragments de correspondances sortis de leur contexte sur lesquels les historiens se sont mis d’accord sans essayer de creuser davantage.
Le terme « assaut » dans le titre de ce séminaire peut surprendre car il est initialement employé dans le contexte de combats en mer. Ici, il traduit l’allure dynamique et la stratégie de leurs recherches afin de braver les légendes sur Sophie Cottin.
On a retrouvé une correspondance de trois mille lettres actives et passives. Il y a un véritable fossé entre la réalité et le discours biographique à propos de Sophie Cottin depuis les années 1800. Des scandales accompagnent ses trois premiers romans : Claire d’Albe, 1799, Malvina, 1800 et Amélie Mansfield, 1802.
Les deux enseignantes-chercheuses ont déjà publié trois volumes issus de leurs investigations sur Sophie Cottin chez Garnier : Lettres de jeunesse 1784-1794, 2021 ; Le Cercle de Sophie Cottin 1794-1798, 2022 et La romancière 1799-1804, 2024. Deux autres volumes sont attendus et vont paraître les prochaines années : Un dernier amour 1804-1806, tome 4 en relecture prévu pour 2025 et le tome 5 prévu pour 2026.
Cette interdisciplinalité et collaboration entre les deux femmes a commencé en 2017 avec l’édition des journaux intimes d’Henriette de Marant, une femme des Lumières qui revendiquait une façon de penser étonnante.
Elles fondent leur travail d’édition critique en recourant systématiquement aux archives historiques, aux actes notariés et aux egodocuments issus des archives familiales pour rester au plus près des événements.
Leurs recherches auraient dû confirmer les nombreuses éditions biographiques, dont une récente : Le charme sans la beauté, vie de Sophie Cottin (Silvia Lorusso, 2017, Garnier) or, c’est tout le contraire. À travers cette correspondance, elles voulaient établir un réel portrait de cette figure en mesurant l’authenticité de ses lettres comparée aux faits, événements et attitudes qu’elle adoptait.
Elles ont croisé ses correspondances à d’autres, plus secondaires, dont celles de sa famille, ses amis, ses relations politiques et des témoignages sur les souffrances endurées durant la Révolution française.
La Légende noire autour de Sophie Cottin
Huguette Krief entame la première partie de leur exposé : la Légende noire créée autour des amours de Sophie Cottin et plus précisément de sa relation avec son cousin Jacques Lafargue dont le suicide est beaucoup abordé dans la correspondance.
La première question que l’on doit se poser est la suivante : comment se forme une légende littéraire ?
Dès la publication de Claire d’Albe en 1799, la mesure et la religion ont déserté le jugement critique dans l’œuvre de Sophie Cottin. Elle l’a publié anonymement mais son identité a vite été révélée et cela a fait scandale dans sa famille.
Son beau-frère André Cottin a deviné que la paternité de ce roman lui revenait, il lui reproche d’être trop érotique et « d’y mettre trop ce qui enflamme les passions et pas assez de ce qui les réprime » dans une lettre de 1803.
Trois ans après le décès de Sophie Cottin, Mme de Genlis dira dans De l’influence des femmes dans la littérature française, 1811 : « La main d’une femme, de quelque âge qu’elle puisse être, ne peut copier les scènes cyniques de cet amour adultère tel qu’on a osé les décrire dans ce roman. La fausseté des sentiments peut seule en égaler l’indécence ».
Le roman de Sophie Cottin raconte l’histoire d’amour tragique d’une jeune femme provençale avec un homme de son village plus âgé à qui elle sera infidèle. La mise à l’épreuve de la vertu de l’héroïne passe par l’expérience d’un amour interdit et hors mariage comme dans La Nouvelle Héloïse de Rousseau, une véritable source d’inspiration pour Sophie Cottin.
Comme l’a analysé Christophe Martin, les scènes érotiques sont dépeintes du point de vue de Saint-Preux dans La Nouvelle Héloïse. Sophie Cottin, quant à elle, fait l’inverse puisqu’elle restitue le plaisir ressenti suite à son rapport avec Frédéric sur le tombeau de son père ; on a donc le point de vue d’une femme dans une scène transgressive d’un roman de vertu.
La romancière est jugée par rapport à ses écrits. Elle est perçue comme frénétique et est associée aux mélodrames inquiétants et aux passions tragiques qu’elle aurait inspirés à des hommes. La légende se crée donc à partir de ragots mondains fondés sur ses écrits.
Une romancière irlandaise dit dans son récit de voyage La France, 1817 : « Dépourvue de beauté, n’ayant presque aucune de ses grâces qui en tiennent lieux, Madame Cottin inspira deux passions ardentes et fatales qui ne finirent qu’avec la vie de ceux qui les avaient conçus. Son jeune parent, Monsieur D. , se tua d’un coup de pistolet dans son jardin, et son rival sexagénaire non plus heureux, M. , s’empoisonna de honte et écrit éprouver une passion sans espérance qui convenait pas à son âge ».
Sophie Cottin est décédée d’un cancer du sein mais Sainte-Beuve lui a inventé une autre vie dans « Les notes et pensées insérées » dans le Tome 11 des Causeries du lundi où il écrit qu’elle se serait suicidée d’un coup de pistolet dans un jardin. Il associe la rousseur (représentant à cette époque l’hystérie et la sensualité) et le blond de ses cheveux à cette fin tragique. Il écrivait notamment : « Elle n’est ni belle ni même agréable, blonde un peu roux, parlant peu, ayant l’air toujours dans les espaces, mais elle avait de l’âme, du feu, de l’imagination ».
Rapports et archives
Les rapports et archives sur Sophie Cottin ont en grande partie permis de rétablir la vérité.
Après le décès de son mari en 1793, elle est dévastée. Elle vit repliée à Champlan. Elle se reconstruit, le veuvage la libère du joug masculin et fait émerger d’autres parties d’elle-même. Elle crée un cercle proche fondé sur l’amitié et la transparence des cœurs.
Pendant l’été 1795-96, suite à l’année qu’a passé à l’armée son cousin Jacques Lafargue, elle invite ce dernier à vivre avec elle parmi ses intimes et ils s’unissent d’abord en amitié puis progressivement en amour. Ils s’installent ensuite ensemble à Paris. Cette situation était bénéfique pour la mère de Jacques Lafargue car il était issu d’une famille pauvre mais les Cottin n’approuvent pas cette relation car la différence d’âge et de richesse entre les deux dérange.
Sophie Cottin fait scandale par son manque de bienséance, elle agit contre l’opinion publique. De plus, son entourage fait pression sur elle pour arrêter cette relation jugée également inconvenante.
Deux types d’archives permettent de rétablir la véritable histoire de ce couple : le Journal de Lafargue conservé à la BNF et l’Inventaire d’après décès de Jean-Louis et Jean-Paul Cottin de 1794 qui a permis de récupérer le catalogue des livres de la bibliothèque des Cottin.
Dans ses journaux écrits sous la forme de confessions, à la façon de Rousseau, Jacques Lafargue se présente comme anéanti par l’expérience de la mort qu’il a vécue pendant les guerres de la République.
Il arrive à Paris en juin 1796 dans un état pitoyable où il y retrouve sa cousine. Il doit consulter des médecins car son état empire de jour en jour et il est presque au bord de la mort. D’après un premier médecin, ce serait à cause d’un détraquement de nerfs lié à un excès de masturbation dont il parle dans ses correspondances avec Sophie Cottin. Lafargue explique ses symptômes dans une lettre : fièvre lente, dérèglement respiratoire, perte d’énergie et d’appétit, etc.
Malgré la prescription des médecins, il a continué cette pratique excessive à l’armée et même sous le toit de Sophie Cottin. Le déclencheur de ses peurs et de la décision de se donner la mort serait la lecture de l’article « Masturbation » du volume 10 de l’Encyclopédie auquel il avait accès dans la bibliothèque d’André Cottin.
Ménuret de Chambaud décrit dans cet article les dégénérations liées à cette pratique : on retrouve l’observation clinique d’un malade tirée de L’onanisme ou dissertation sur les maladies produites par la masturbation, 1760. Tous les médecins s’accordent à penser que les affections morales étaient responsables de son état et avaient encore plus d’emprise sur son corps affaibli. Cela l’aurait mis dans un état « d’imbécillité funeste » (lettre du 6 juillet 1796).
Sophie Cottin souffre également du dépérissement de Lafargue. On lui suggère de le ramener dans sa campagne, à Champlan. Il se voit déjà y passer ses derniers jours mais essaie quand même de rassurer sa compagne. Il se suicide dans l’orangerie du domaine. Selon les détracteurs de Sophie, Jacques aurait commis son geste pour tenter de lui faire porter le poids de sa mort.. En réalité, il avait toujours beaucoup d’affection pour elle et a décidé de se donner la mort en août 1796 car il y avait déjà pensé à de nombreuses reprises. Il a voulu le faire à Champlan afin de revoir une dernière fois ses proches et d’éviter à Sophie Cottin de continuer d’assister à sa dégradation.
Cette dernière est si triste qu’elle sombre dans un état de folie. Après s’en être sortie, elle trouve l’inspiration nécessaire pour l’écriture de Claire d’Albe.
La fortune de Sophie Cottin
C’est Mathilde Chollet qui prend la parole pour cette partie de la conférence abordant le mythe construit autour de Sophie Cottin et son rapport à l’argent.
La vision des biographes au sujet de la fortune de la romancière est erronée. En effet, les biographes se sont seulement référés à ses discours dans ses correspondances. Ils parlent d’un prétendu détachement face à l’argent selon sa vision rousseauiste des choses. Cependant, on a retrouvé des lettres d’affaires et des actes notariés qui contredisent cette légende.
Sophie et son mari puisent dans un modèle de vie simple loin du tumulte de la ville comme dans La nouvelle Héloïse. Dans le contexte sociopolitique dans lequel elle vit en 1789 (installation de l’Assemblée Nationale à Paris, nationalisation des biens du clergé catholique et droit de cité accordé aux protestants), elle rêve d’un changement profond dans son existence personnelle et souhaite se détacher du monde des apparences. Elle souhaite vivre selon des principes rousseauistes et est persuadée qu’ils feront son bonheur.
Dans sa lettre de janvier 1790 elle écrit : « Je sens que nous nous aimons assez pour vivre comme on vivait à Clarens ». Elle se réjouit de son trio avec Jean-Paul et Julie, son mari et sa cousine, car il est à l’image de celui de Saint-Preux et La nouvelle Héloïse. Ils souhaitent vivre dans une petite communauté entre eux. Elle se réfère à l’idéal de la société utopique de Clarens et le trouve complètement plausible.
Elle envisage l’achat d’une des terres plus fertiles de Province. Elle dit que la rentabilité en sera agricole. Elle imagine son mari assurer la gestion de leur domaine : « Nous rendrons heureux tous nos bons paysans ». Elle souhaite faire une imitation de Clarens. Julie refuse car elle ne veut pas alimenter les rêveries de sa cousine.
Après la mort de son mari en 1793, la romancière souhaite faire aboutir son projet en s’installant à Champlan. Elle écrit dans une lettre à sa mère : « Mon projet est donc de me fixer à jamais à Champlan ».
À partir de ces lettres s’est construit la légende d’une Sophie Cottin détachée de l’argent. Après sa mort, les biographes ont entretenu cette légende et ont fait d’elle une figure de modestie : une femme discrète et effacée qui avait un profond désintérêt pour l’argent à la mort de son époux et qui donnait le peu qu’elle avait à ceux qui en avaient besoin.
Les historiens et biographes se sont appuyés sur une légende construite par la famille de Sophie, notamment sa cousine qui écrivait de son vivant que sa fortune était « déjà détruite aux trois quarts ».
La perte de son ancien statut social ne l’a apparemment pas affectée : « Elle ne fut point séduite par le tourbillon du monde. Elle conserva ses goûts simples et modestes. Un fortune considérable lui permettait de satisfaire son penchant à la bienfaisance, et les secours qu’elle prodiguait aux malheureux lui faisaient oublier la contrainte à laquelle elle se voyait condamnée. La décision de vivre dans le détachement serait d’autant plus spectaculaire que la jeune veuve appartient à une société privilégiée du directoire, décidée à oublier la Terreur et à se plonger dans les plaisirs ».
Un siècle plus tard, elle est toujours décrite comme telle, Sophie Cottin aurait atteint une forme supérieure d’existence. On peut lire dans une de ses biographies : « la noblesse de sa nature et aussi son ignorance de la valeur de l’argent ne laissaient pas place à des sentiments intéressés ». À partir de cette idéalisation naît une vision hagiographique de la romancière.
Les auteurs du XVIIIᵉ siècle affirment qu’elle aurait publié sa première œuvre polémique pour aider un de ses amis dans le besoin. C’est également ainsi qu’elle justifie son entrée dans le monde littéraire également auprès de ses proches conservateurs.
Cependant, il ne faut pas penser qu’elle ne s’intéressait pas aux questions d’argent, elle était fille de négociant et veuve d’un grand banquier.
Grâce aux archives, on constate aisément la fausseté de cette légende. Même en temps de crise, elle savait gérer son argent et faire fructifier ses finances. Elle a un attrait pour le luxe et se réjouit des biens matériels que lui offre son union avec Jean-Paul Cottin.
En mars 1789, elle dit à sa cousine qu’il est important que son mari se sente bien financièrement : « Assure-toi bien, à n’en pouvoir douter, si sa fortune est telle qu’on te le dit. C’est le plus essentiel (en supposant son caractère bon et honnête) ». Ainsi, malgré les apparences désintéressées que lui attribuent les biographes, c’est une femme qui aime le luxe.
Le domaine de Guibeville, où se trouve le château des Cottin, est agrémenté d’un immense parc et d’avenues magnifiques faites pour impressionner les visiteurs. Cela fascine Sophie Cottin. Arrivée à Paris, elle se promène au palais royal et est attirée par toutes les belles choses à vendre. À Champlan, elle s’entoure de luxe et se construit une vie très confortable. Elle arrange la décoration à sa guise avec de nombreux éléments précieux, y compris des meubles de prix, une multitude de livres, des harpes et de la vaisselle fine, etc.
Elle a une certaine aisance à converser sur des sujets de rentabilité et de placements avec sa belle famille et parle même avec sa mère de l’opportunité d’acheter une terre en 1792. À la mort de son mari, elle maîtrise très bien les questions d’argent et de fortune étant donné qu’elle est amenée à gérer des propositions commerciales et financières. Elle parle souvent d’argent dans ses lettres, qui lui servent fréquemment de support pour calculer sa fortune. On voit donc que le maniement de l’argent est une chose quotidienne et habituelle pour Sophie Cottin.
Elle est consciente du pouvoir de l’argent en temps de crise économique et financière, comme lorsqu’il s’agit de corrompre l’administration du Directoire pour obtenir sa radiation de la liste des émigrés quelques temps plus tôt.
Recours aux lettres d’affaires conservées à la BNF et à la société de l’Histoire du protestantisme français
Son cousin bordelais François Risteau gère la maison de négoce familiale à Bordeaux. Après la mort de Mme Risteau en 1794, Sophie Cottin se retrouve à la tête de cette maison. Son cousin François l’informe régulièrement des investissements qu’il fait en son nom et de l’état de la maison de négoce. Le certificat de civisme que François Risteau a obtenu en 1793 prouve qu’il ne fait pas partie des négociants suspects.
L’une des activités traditionnelles de la maison Risteau est la vente de vins bordelais et le commerce de produits coloniaux tels que le sucre et le café. Ces vins sont faits à partir de produits des domaines que Sophie Cottin a hérités de ses parents à Labarde et à Saint-Macaire. Les vins sont vendus à plusieurs milliers de livres, ce qui fait de Sophie Cottin une patronne prospère.
Son cousin la décrit comme exigeante. Lorsque ses deux propriétés ne lui rapportent plus assez, elle les vend au meilleur prix. Il approuve sa décision car elle dispose ainsi de vingt quatre mille livres dont six mille comptants, elle est ainsi très aisée financièrement.
Elle dispose d’un capital en numéraire qui l’autorise à investir à bon compte autour d’elle à Champlan alors que la monnaie circule très peu dans les campagnes.
Elle réalise beaucoup de bénéfices grâce à la spéculation sur le sucre qui renfloue ses poches. On comprend dans une lettre que lui a envoyée son cousin qu’il suit ses ordres à la lettre.
Le café vendu en 1794 lui rapporte l’année suivante quatre mille livres. Elle réalise également des bénéfices sur le prix du riz : « Je vous conseillerai de faire employer ces fonds en grande partie en riz et café que je vous expédierai sur le champ. Il y aurait peut-être gros à gagner sur le riz qui vaut de 14 à 15 livres. », lettres de Grammagnac et de son cousin, 8 juillet 1795.
Elle est déçue par le manque d’audace de sa belle famille (qui compte pourtant des banquiers). Elle ne se repose pas seulement sur les investissements financiers de sa belle-famille mais place aussi son argent dans la terre.
Après l’avènement de la 1ère République en 1792, le décès de son mari en 1793 et la dispersion de sa famille, on observe une chute de ses finances.
Les revenus annuels de Sophie Cottin font d’elle une femme riche malgré le contexte socio-politique dans lequel elle vit. Dans toutes ses lettres qui parlent d’argent, les échanges se comptent en milliers de livres. Elle se plaint pourtant alors qu’elle est très aisée financièrement selon les actes notariés.
De 1794 à 1799, elle agrandit son domaine en acquérant des terres sous forme d’anciens biens nationaux. En 1795, elle se plaint de ne pas disposer de suffisamment d’argent mais deux actes notariés prouvent qu’elle est en pleine fièvre commerciale. En novembre, elle achète deux pièces de terre pour trente mille livres par un intermédiaire qu’elle revend à Bigan (son homme à tout faire) l’année suivante pour six mille livres.
Elle est à la tête d’un domaine considérable. Ses biens s’étendent sur la commune de Champlan et au sud de Champlan avec ses terres dans les communes de Villebon, de Sollet-Chartreux et de Ballainvilliers, à l’ouest de Champlan et au nord avec Massis. Elle s’assure que ses terres sont exploitées et lui rapportent de bons revenus. Ses locataires payent leur loyer annuel en espèces (environ cent livres) et les récoltes des prés lui rapportent deux mille livres par an. Ses locataires lui donnent en plus des denrées alimentaires ou des jours de travail. On estime qu’elle touche entre 2000 et 15 000 livres par an.
Conclusion
Sophie Cottin meurt en 1807 à 37 ans, son inventaire après décès stipule qu’elle ne possédait rien, qu’elle ne disposait d’aucune fortune ni de dettes et qu’elle vivait simplement en pension chez sa cousine Julie.
La liste de ses biens ne se limite qu’à du linge et à un peu de mobilier qui tient sur une page et demi et qui vaut la somme de huit-cent soixante quatorze francs. Sa stratégie a fonctionné car pour préserver ses biens et éviter les impôts, elle a tout donné à sa cousine de son vivant sous un acte privé qui n’a laissé aucune trace, mis à part dans une lettre qu’elle a écrite à Asalys en 1805 : « Je suis aussi pauvre que vous car j’ai tout donné. Et ma cousine pourrait, si elle le voulait, me dépouiller de tout. »
Les portraits de Sophie Cottin
Le seul portrait réaliste de Sophie Cottin est un pastel de Weyler s’intitulant Portrait de Madame Cottin, réalisé vers 1788-1789.
Conclusion
À la fin du séminaire nous avons pu poser quelques questions à Huguette Krief et Mathilde Chollet.
- Comment sait-on que ce portrait est vrai ?
C’est grâce à la correspondance et plus précisément une lettre de 1788-1789 où elle dit qu’elle va se faire portraiturer avec son mari.
- Quelles ont été les influences qui lui ont permis d’aussi bien écrire ?
Sophie Cottin a énormément été influencée par Rousseau. On peut également ajouter que lorsque son mari est mort, elle lui avait écrit une lettre très émouvante où elle criait son amour pour lui. Dans une autre lettre écrite un an plus tard, elle dit à sa cousine qu’elle repense à sa vie avec celui-lui et se rend compte qu’elle n’était considérée qu’au titre de « la femme de » et qu’elle s’est enfin trouvée : c’est le moment de bascule où sa plume se révèle.
- Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller au-delà des préjugés des historiens ?
Huguette Krief raconte qu’elle a eu un véritable déclic en lisant la lettre où Sophie Cottin dit s’être détachée de son mari. Mathilde Chollet s’est quant à elle intéressée au fait que l’on raconte que la romancière a publié Claire d’Albe pour aider un ami. Elle voulait savoir qui était cet ami, si ce prétexte était bien fondé, etc.
