Le jeudi 14 novembre 2024, j’ai assisté à une conférence, qui faisait partie d’un séminaire portant sur l’édition des correspondances du XVIII siècle. Celle-ci s’est déroulé à l’université Paul Valéry sur le site saint Charles. Elle visait à présenter le lancement d’un projet de recherche sur les correspondances de Beaumarchais intitulé le Projet @rchibeau. L’agence nationale de la recherche a estimé le financement du projet sur cinq ans : de 2024 jusqu’à 2029. Cette conférence portait sur la présentation collective de ce projet.

L’institut de recherche de l’Université de Montpellier, l’IRCL, est en partenariat avec en majorité 3 autres laboratoires : celui de l’Université Paris Sorbonne, le CELF représenté lors de cette réunion par Virginie Yvernault, Le laboratoire de recherche de Toulouse, le PLH représenté par Stéphane Pujol et enfin LUHCIE, le laboratoire de recherche de l’université de Grenoble-Alpes, représenté par Gilles Montegre.

Gilles Montegre, maître de conférences à l’UGA, a pris la parole le premier afin d’expliquer la pertinence de la participation du LUHCIE. Ce laboratoire travaille dans la pluridisciplinarité, surtout au niveau de l’histoire des voyages, qui est sa spécialité, mais aussi l’histoire des émotions. Il explique que Beaumarchais a beaucoup voyagé à travers l’Europe mais aussi en Amérique du Nord et jouait beaucoup de sa sensibilité dans ses relations commerciales, politiques et diplomatiques.

Virginie Yvernault, maîtresse de conférences en littérature française à Sorbonne Université, a pris sa suite : elle a tout d’abord évoqué qu’elle avait participé à plusieurs projets de recherche, sur la Comédie Française notamment. Elle parle aussi de Beaumarchais, en expliquant ses réseaux transnationaux commerciaux.

Linda Gil, l’organisatrice de ce séminaire et de ce projet, nous parle ensuite de la naissance de ce dernier. Les chercheurs participant à ce projet sont présentés. On peut remarquer une grande interdisciplinarité ; on ajoute que ce projet est doté d’un comité scientifique, avec des chercheurs spécialisés dans ces sujets. On trouve des philosophes, des professeurs de lettres mais aussi des archivistes de fonds publics qui conservent certaines lettres manuscrites de Beaumarchais car son œuvre complète est dispersé dans le monde. C’est pourquoi un grand nombre de bibliothèques et d’archives parrainent le projet. Puis, on retrace la chronologie de la naissance de ce projet : c’est en 2019 qu’il est lancé, les deux années suivantes sont passées à structurer une équipe de chercheurs et comité scientifique mais aussi à faire les premières rencontres pour se donner une base méthodologique. La collecte sur le terrain archiviste de fonds français est l’étape suivante, mais le groupe demande également des archives de fonds suisses et américains. En novembre 2023, l’équipe réunie ses études et publie un 1er volume intitulé Éditer la Correspondance de Beaumarchais. Est crée en même temps la base de données où le comité mettra à jour ses recherches. Les premières journées d’études vouées à ce projet font leur apparition, notamment à Paris mais aussi à la Morgan Library à New York City.

Cette volonté d’éditer de façon complète la correspondance de Beaumarchais est un moyen d’approfondir les connaissances sur l’histoire du livre et du fonctionnement de l’imprimerie au XVIIIᵉ siècle, mais aussi de comprendre comment les idées circulaient et comment le savoir se diffusait. Pour enrichir ces connaissances, l’équipe du projet souhaiterait collaborer avec plus d’institutions comme à Haïti, en Amérique mais aussi en Angleterre.

Franck Salaün, professeur de littérature française à l’UPVM, prend ensuite la parole afin de développer le contexte scientifique. En effet, ce n’est pas la première fois qu’un tel projet se met en place, mais c’est la première fois qu’il aboutit. Dorénavant, les bases de données sont plus nombreuses grâce aux bases de textes numériques. Il explique donc que l’équipe de chercheurs se concentrera d’abord sur un inventaire numérique puis ira vers un inventaire manuscrit afin de construire une base de données solide avant de chercher d’autres lettres jamais trouvées.

Linda Gil reprend la parole en présentant ce qu’est @rchibeau et quel et son rôle. Elle explique qu’@rchibeau est une archive numérique où un inventaire a été préalablement préparé à une édition future. Elle n’est évidemment pas envisageable pour le moment car elle pose des questions sur les limites de la taille du corpus. On ne sait pas s’il faut ajouter les papiers manuscrits de Beaumarchais trouvés car ces papiers sont variés et assez complexes. L’ambition d’éditer entièrement les correspondances a déjà été tenté au XVIIIᵉ siècle, mais l’édition s’est arrêté au VIᵉ tome car elle était jugée comme lacunaire et n’était pas bien réputée.

La collecte de ces textes, numériques comme manuscrits, peut sembler facile, mais il y a aussi ce que les membres présents à la conférence appellent les chantiers connexes c’est à dire tout le réseau géographique de Beaumarchais, une chronologie thématique, des iconographies, un corpus de poèmes satiriques et libertins. De plus, il est très complexe d’en faire une archive car il a des signatures instables, il insère des lettres dans des livres, il copie deux fois la même lettre, il rend aussi compte dans les marges de son activité, de sa position. On voit aussi qu’il traduisait ses textes en anglais pour que la pièce soit jouée à New York, qu’il y avait une bande originale du Mariage de Figaro, car une partition a été retrouvée. Il faut faire une vérification systématique des textes manuscrits récupérés, et comprendre également l’ambiguïté de Beaumarchais dans sa parole qui est marginale.

Après cette présentation, Fréderic Calas, professeur de langue française à l’UPVM, évoque la constitution de l’archive. Il est chargé de travailler sur une édition suédoise des correspondances de Beaumarchais intitulé Beaumarchais et « le Courier de l’Europe », Documents inédits ou peu connus, publié par les Von Proschwitz à Oxford en 1990. Parmi ces mille trois cent pages, on retrouve des documents inédits et supplémentaires à l’archive. Il travaille également sur la publication de Morton. Il nous dit que travailler sur les lettres de Beaumarchais est intéressant sur différents points, au niveau linguistique et diachronique car l’écrivain a inventé de nombreux néologismes et à resémantiser certains mots anglophones. Il y a aussi l’intérêt stylistique : Beaumarchais a un certain éthos que Fréderic Calas décrit comme un « personnage », une énergie qui lui est propre.

Après avoir parlé de la constitution de l’archive, Béatrice Ferrier, professeure en langue et littérature françaises à l’INSPÉ Lille-Hauts-de-France, poursuit avec le corpus à établir. Elle nous parle de ce qu’elle a pu récupérer aux archives de Lille. Elle concentre plus spécifiquement son propos sur les années 1793-1796 puisque les lettres qui ont été retrouvées, sont écrites par la main de Beaumarchais et pas par son secrétaire, ce qui est totalement inédit. Elle appuie notamment sur le fait que ce sont des lettres manuscrites authentiques, ce qui veut dire que l’on connaît les destinataires, les dates de départ et d’arrivée de la lettre. Il y a donc plus de contexte et cela est plus facile pour des repères chronologiques.

Stéphane Pujol, professeur de littérature française du XVIIIᵉ siècle à l’université PLH, explique qu’il y a également des dossiers transversaux, notamment ceux qui sont iconographiques. Il évoque ensuite l’envie de faire un dictionnaire Beaumarchais qui embrasserait la totalité des domaines de Beaumarchais.

Magali Soulatges, maîtresse de conférences en langue et littérature françaises à l’université d’Avignon, prend la parole au sujet du site Hypothèses. Il s’agit d’un outil de travail collaboratif où est créé un blog spécial « @rchibeau » afin que les chercheurs échangent des informations entre eux plus facilement. Elle propose de mettre en place deux rubriques principales : la première serait une rubrique chronologique, qui serait probablement saturée et racontrerait un problème de datation sur un certain nombre de lettres. La seconde rubrique se concentrerait plus sur les iconographies qui sont nombreuses également : il faudrait alors faire l’inventaire de portraits représentant supposément Beaumarchais, mais aussi de gravures, de bustes etc. Elle conclut en affirmant qu’un langage commun a besoin d’être défini car cet outil relève d’un enjeu méthodologique.

Flavio Borda d’Agua, conservateur de la bibliothèque Voltaire à Genève prend la parole pour nous dire quelques mots sur la bibliographie. Elle est importante sur le site que Magali Soulatges évoquait plus tôt, mais pas seulement. De plus, il explique la pertinence de la collaboration entre la bibliothèque Voltaire et le projet @rchibeau pour ces recherches sur Beaumarchais.

La conférence se termine avec un échange entre les personnes présentes qui discutent des ambitions de collaborations futures, les institutions à contacter pour avoir plus de matière, notamment vers l’Angleterre où Beaumarchais a été très présent et a beaucoup correspondu avec des diplomates.

Avis personnel

Je n’avais jamais assisté à une conférence auparavant, j’avoue que je suis sentie quelque peu déconcertée face à tant de personnes sérieuses dans la recherche littéraire. Au fil de la conférence, ce sentiment a disparu pour laisser place à un grand intérêt face au projet.

En tant qu’étudiants, nous sommes toujours mis face à des projets de recherche déjà aboutis, qui répondent directement à nos questionnements. Je trouve qu’il est intéressant de voir les dessous des travaux de recherche, de voir comment ceux-ci s’organisent et comment le travail est réparti.

Cette conférence était particulièrement pertinente et en rapport avec le TD Histoire du livre et de l’édition. Comme l’a dit Linda Gil lors de cette conférence, ces recherches, en plus d’approfondir les connaissances sur Beaumarchais, permettront également de préciser la diffusion des connaissances et du savoir au XVIIIᵉ siècle.

Je voue un grand respect à tous les membres de ce projet de recherche qui, même s’ils ne partent pas de zéro, se vouent à une tâche complexe, les lettres manuscrites de Beaumarchais étant répandues sur tous les continents occidentaux.

J’ai beaucoup apprécié la partie de présentation de Béatrice Ferrier, qui montrait des photographies de lettres manuscrites, retrouvées avec le cachet de cire, le nom des navires, l’adresse, les intermédiaires. Tout cela rend compte de la vie et le trajet d’une multitude de lettres. Cette prise de parole m’a beaucoup impressionnée : on peut se rendre compte que ces chercheurs ont régulièrement des pièces d’histoire entre leurs mains, et permettent d’approfondir nos connaissances sur la littérature.

De plus, j’ai beaucoup apprécié le dynamisme de cette présentation, beaucoup de membres du projet ont parlé afin de présenter les recherches faites de leur côté. Cela donnait une idée d’ensemble de l’ampleur de ce projet, mais aussi de son importance puisque beaucoup de laboratoires et d’institutions ont accepté de collaborer avec les membres du projet @rchibeau.

Pour conclure, je suis sortie de cette conférence étonnée, impressionnée de cette organisation complexe qui tourne autour du projet @rchibeau.