Ouverture de la séance par Linda Gil

Linda Gil ouvre la séance. Elle rappelle tout d’abord que le séminaire auquel on assiste existe depuis quatre ans et porte sur la culture matérielle de l’écrit. Ce séminaire est inscrit dans les activités de l’IRCL, à travers le Pôle 1 « Culture du livre et actes d’écriture », champ 2 « Édition scientifique des correspondances ». Il y a plusieurs chantiers, achevés pour certains.

Les questions qui vont nous occuper ce soir sont celles qui concernent l’approche matérielle textuelle, ainsi que celles qui concernent les apports scientifiques de ces publications.

Après avoir ouvert la séance, Linda Gil présente l’intervenant d’aujourd’hui : Sébastien Côté. Il est professeur de littérature à l’université Carleton, à Ottawa. Il a étudié de part et d’autre de l’Atlantique et a consacré ses premiers travaux à la littérature de l’entre-deux guerres. Ensuite, il s’est spécialisé sur la littérature de la Nouvelle-France. Ses travaux portent actuellement sur le théâtre, les récits des Lumières, les représentations des américains et des sauvages dans les fictions. Il s’intéresse aussi à la presse et aux correspondances. Depuis 2016, il est directeur de L’archive littéraire du Québec – collection née en 2009, qui comporte maintenant une trentaine de titres.

Linda Gil fait ensuite une brève présentation des ouvrages et articles publiés par Sébastien Côté depuis 2020.

Communication présentée par Sébastien Côté
Présentation rapide de Lahontan

Sébastien Côté commence en disant quelques mots sur Lahontan. Né en 1666, il arrive en Nouvelle-France en 1683, à 17 ans. De 1684 à 1689, il voyage beaucoup avec les troupes de la Marine et fréquente de nombreux alliés autochtones. Il a même produit un – mauvais – dictionnaire français-algonquin.

Sébastien Côté montre le parcours de Lahontan sur une carte et explique que ce parcours est assez courant pour un militaire de l’époque.

Sa réputation d’auteur-aventurier le précède en Allemagne et il est rapidement célèbre dans toute l’Europe lettrée – après avoir publié ses œuvres à La Haye en 1702.

Malgré une carrière militaire médiocre, il est nommé lieutenant du roi à Terre Neuve.

Il doit fuir le gouverneur qui l’accuse de désertion. Il est déserteur à 27 ans : il n’a nulle part où aller. Lahontan connaît treize ans d’errance avant d’arriver en Allemagne.

Ses écrits

Sébastien Côté mentionne les écrits de Lahontan :

  • Son premier livre est Mémoires de l’Amérique septentrionale.
  • Son récit de voyage s’intitule Nouveaux voyages dans l’Amérique septentrionale.
  • Son texte le plus connu est Dialogues de Monsieur le Baron de Lahontan et d’un sauvage. Toute la cour de Hanovre l’a lu avant même son arrivée.
Contexte de recherche et état des lieux

Sébastien Côté présente le contexte de recherche et l’état des lieux :

  • Il y a davantage de recherches sur Lahontan au Québec qu’en France.
  • Au XVIIIᵉ siècle, on parle beaucoup de lui sans l’aimer.
  • La fiction française s’est emparée de son œuvre.
  • Aujourd’hui, l’histoire de la littérature québécoise rappelle que les gens étendent les accusations à l’ensemble de son œuvre et font de lui un traître.
  • Sébastien Côté tire deux constats : Lahontan est fuyant et furtif ainsi, chercher ses traces depuis le Canada est une tâche compliquée.
  • Les archives coloniales disponibles au Québec sont rares.
  • Les archives administratives de la Nouvelle-France sont conservées à Aix en provence et Paris, elles représentent des millions de pages, progressivement copiées à la main dans des institutions françaises, puis microfilmées.
Lettres connues et publiées avant 2024

Sébastien Côté mentionne toutes les lettres connues avant 2024. On retrouve une lettre à un destinataire non identifié (19 juin 1694), deux lettres au duc de Jouvenazo (1er et 7 septembre 1699), une lettre à un de ses amis (septembre 1705), quatre billets à Leibniz, une quinzaine de mentions et un poème de 1709.

Le chercheur explique que son cas n’est pas le même que celui de Madame de Sévigné, qui doit sa réputation littéraire à sa correspondance et rien d’autre.

L’exil en Allemagne

La date approximative d’arrivée de Lahontan en Allemagne est en avril 1707. Pendant son exil, il fréquente Leibniz, touche une pension ou des revenus ponctuels de la cour de Hanovre et y meurt le 21 avril 1716.

Les trois fonds d’archives de Basse-Saxe

Sébastien Côté a été à Wolfenbüttel et a trouvé trois fonds sur Lahontan dans les archives.

Le premier fonds est celui Wolfenbüttel, il contient sept lettres autographes de Lahontan au duc Auguste-Guillaume de Brunswick-Wolfenbüttel. Elles sont toutes au moins

partiellement datées et signées. Il n’y a aucune réponse du duc.

Le deuxième fonds est celui de Bückeburg, il contient 17 lettres d’un échange avec Jeanne-Sophie, comtesse de Schaumburg-Lippe – femme qui a une graphie chaotique. Ces lettres sont recopiées dans un recueil par la comtesse. Il y a 17 lettres de Lahontan et 3 réponses.

Le troisième fonds est celui de Hanovre, il contient une seule lettre autographe écrite le 24 décembre 1715.

Les lettres sont rédigées soit à Hanovre, soit à Gohrde – et peut-être une en Hollande.

Différents sujets sont abordés dans les correspondances :

  • Les préparatifs pour célébrer la victoire de Pierre le Grand sur l’alliance suédo-ottomane (27 janvier 1713).
  • Lahontan réconforte le duc de Wolfenbüttel, qui reste sans héritiers après trois mariages.
  • Il parle de sa maladie à la comtesse de Schaumburg-Lippe.
  • Il raconte sa dispute avec le curé catholique de Hanovre.
Constats

Sébastien Côté dresse plusieurs constats. Tout d’abord, malgré le petit échantillon de cette correspondance, l’on apprend beaucoup sur l’exil de Lahontan en Allemagne. Ces lettres éclairent des éléments sur les neuf dernières années de sa vie. Bien qu’il manque certainement des lettres dans les trois fonds, il fallait procéder au travail d’édition malgré tout.

Pistes et perspectives : chronologie

Sébastien Côté retrace le parcours de Lahontan. Entre 1694 et 1713, Lahontan a laissé des traces dans les archives espagnoles, anglaises, françaises et allemandes.

On n’a pas beaucoup de détails. Dès qu’il finit son propre récit de pérégrination, on ne sait plus vraiment ce qu’il se passe.

Pour qu’il existe dans les archives, il faut que son correspondant soit vraiment important. C’est de cette manière que Sébastien Côté a pu trouver ses lettres.

Conclusion

Sébastien Côté conclut en expliquant qu’il a bon espoir de trouver d’autres traces, mais que le problème est le temps. Il lance finalement un appel aux collaborations.