Présentation des correspondances

Lors de cette rencontre nous avons fait la connaissance d’Huguette Krief, présidente du Centre Aixois d’études et de recherches sur le XVIIIe siècle. Ses ouvrages portent sur la littérature des Lumières et de la Révolution. Ses travaux portent sur la littérature et la correspondance féminine. Nous avons également eu l’honneur de rencontrer Mathilde Chollet, docteure en histoire moderne et membre associée du Cerhio (CNRS FRE 2004). Elle continue aujourd’hui ses recherches sur les femmes des élites provinciales. 

Les intervenantes nous ont présenter leurs recherches sur les correspondances de Sophie Cottin. En effet, elles ont entrepris d’éditer entièrement ses correspondances en six volumes, dont trois ont été publiés chez Classiques Garnier. Le premier tome : Lettres de jeunesse concentrées entre 1784-1794, le deuxième tome : Le cercle de Sophie Cottin (1794-1798), le troisième tome : La romancière (1799-1802), ainsi que deux autres publications prévues dans les années à venir chez le même éditeur. 

Leur présentation s’est concentrée sur la déconstruction des légendes circulant sur la figure de Sophie Cottin. L’autrice française Sophie Cottin est née le 22 mars 1770 à Paris et morte le 25 août 1807. Elle s’est mariée à Paris en 1789, à l’âge de 19 ans à Jean Paul Marie Cottin, riche banquier de Paris. 

Sophie Cottin s’est fait repérer grâce à son premier roman Claire D’albe. Ce roman a fait scandale car il contenait beaucoup d’érotisme. En effet, il y a des scènes où l’orgasme féminin est mentionné. Son roman jugé trop provocateur a entaché l’image de Sophie Cottin. Beaucoup de rumeurs ont circulé sur elle après sa parution.

Lors de notre rencontre, Huguette et Mathilde ont décidé de se concentrer sur deux légendes : la Légende noire et la Légende dorée. Huguette Krief s’est

concentrée sur la Légende noire qui obstrué les portraits de Sophie et Mathilde Chollet s’est occupé de la Légende dorée. 

Ces légendes ont continué à se propager après sa mort en 1807. En effet, ses biographes ont contribué à la création d’une fausse représentation, tantôt gratifiante tantôt accablante.

Beaucoup de spéculations négatives ont entouré la mort du cousin et amant de Sophie Cottin, Jacques Lafargue. Elle fut tenue responsable de son suicide. Jacques se serait, selon les rumeurs, donné la mort par amour, car Sophie aurait mis fin à leur relation. Les chercheuses nous ont en réalité permis de comprendre à travers leurs fouilles que son suicide serait dû à des angoisses profondes. En effet, dans ses cahiers intimes (archivés à la BNF) Jacques Lafarge évoque qu’il était pris d’une fâcheuse habitude pouvant mener à la mort; la masturbation. 

Il serait allé voir de multiples médecins à Paris, qui l’auraient mis en garde sur les dangers de cette pratique répétitive. Il serait rentré à Champlan, et aurait lu une encyclopédie où un cas similaire au sien aurait trouver la mort. Pris d’angoisse profonde, il se serait suicidé par peur. 

La Légende dorée quant à elle, visait à glorifier l’image de Sophie. Elle était souvent décrite comme simple : « Au milieu de la société brillante qui l’entourait, elle garda ses goûts simples et modestes » (Wikipédia). Après la mort de son mari, Sophie est dépeinte comme une sainte. Néanmoins, après des fouilles intenses au sein de ses correspondances personnelles et professionnelles, Sophie se dessine comme une femme d’affaires, faisant du trafic et de la revente lors d’une période de crise politique et financière. Elle possédait de nombreux terrains dans la commune de Champlan ainsi que dans les villes aux alentours, qu’elle souhaitait exploiter au mieux. Une figure calculatrice se dresse alors. Ne voulant pas placer son argent dans les banques de sa belle-famille par manque de bénéfices, Sophie se révèle alors bien différente que ce que l’on croyait jusqu’à présent. 

Retour personnel sur cette expérience

Ce séminaire fût très enrichissant. En effet, je ne connaissais pas la figure de Sophie Cottin. Les deux intervenantes ont pris le temps de nous dresser le portrait tel que le présente les biographes, un portrait défiguré de l’écrivaine. Leur présentation était très claire, les citations des correspondances nous ont permis de visualiser mieux le caractère de Sophie Cottin. Nous avons pu voir le fruit de leurs longues recherches. Mathilde Chollet avait préparé des plans du territoire que possédait Sophie Cottin, présenter dans la plupart de ses biographies comme « restée veuve à 23 ans et, de plus, à peu près ruinée » (Wikipédia).

Ces multiples preuves nous ont permis de peindre un portrait fidèle de Sophie. Je dois dire que j’ai trouvé leur présentation passionnante et éclaircissante. Cela m’a permis de me rendre compte de l’importance de la remise en question. En effet, nos deux autrices auraient pu ne jamais aboutir à ce projet si elles avaient passivement lu les correspondances de Sophie.