Blandine Poirier et Mathilde Havret « Les lettres inédites de Marmontel à Suzanne Necker : un panorama de la vie culturelle des secondes Lumières »

L’organisatrice, Linda Gil, ouvre la séance du 30 mars 2026 du séminaire de recherche consacré à l’histoire éditoriale et intellectuelle des correspondances du XVIIIe siècle. Dans un premier temps, elle annonce que, grâce au succès du séminaire, une cinquième saison est déjà en préparation pour l’année 2026-27. Dans ce cadre, elle revient sur les objectifs et les enjeux du séminaire, l’actualité et les problématiques de la recherche ainsi que les modalités de l’édition des correspondances, telles que le choix du format. Ensuite, elle présente au public les intervenantes de la séance : Blandine Poirier qui s’intéresse à la recherche sur Suzanne Necke, et Mathilde Havret, dont les travaux portent sur Jean-François Marmontel dont la collaboration a permis l’étude et l’édition de la correspondance inédite entre Marmontel et Suzanne Necker au XVIIIe siècle.

Blandine Poirier et Mathilde Havret ouvrent leur présentation en se demandant quel est le rôle de l’image et des connaissances antérieures dans l’étude d’un personnage historique. Cette question est cruciale pour l’étude de la correspondance de Marmontel et Suzanne Necker. Même s’ils entretenaient une relation intime, il est peu probable que celle-ci soit de l’ordre de l’amour. 

Les chercheuses établissent le portrait de Marmontel et puis celui de Necker.

Jean-François Marmontel suit une carrière littéraire grâce aux conseils et à l’influence de Voltaire. Elles précisent que sa carrière s’avère réussie. De surcroît, Marmontel est régulièrement aux salons littéraires de l’époque, y compris le salon de Suzanne Necker. Son réseau social comprend des politiciens, des philosophes tels que Voltaire dont il est disciple et ami et, bien sûr, le couple Necker. Enfin, il s’occupe, parmi d’autres, de l’opéra et de l’historiographie. Il convient aussi de mentionner que ses romans connaissent un grand succès.

En ce qui concerne Suzanne Necker, Poirier et Havret s’intéressent à la manière dont son éducation a marqué son parcours littéraire ainsi qu’au rôle de la religion et du deuil dans sa vie. Suite à son arrivée à Paris, elle rencontre son futur mari, Jacques Necker. Le salon Necker reçoit des figures emblématiques de l’histoire française comme Diderot et constitue l’un des plus importants salons de son époque. Suzanne Necker a écrit tout au long de sa vie, sans rien publier de son vivant.

Dans un second temps, les intervenantes font allusion à la relation entre Necker et Marmontel. En effet, dans ses Mémoires, Jean-François Marmontel indique qu’ils se rencontrent lors d’un bal. Necker a été peu appréciée par Marmontel à cause du manque d’élégance et de politesse dans ses manières ainsi que dans son langage, malgré son éducation. 

Par la suite, les chercheuses abordent la question de la fréquence de la correspondance. Certains documents montrent que Marmontel veut faire croire qu’avant le bal, il n’y avait que peu de contact entre eux. Par contre, d’autres textes, comme certains extraits tirés de Mélanges de Necker, démontrent que ce n’était pas le cas.

Blandine Poirier et Mathilde Havret affichent des lettres dans le but de présenter les enjeux et les difficultés auxquelles elles font face pendant leur travail, tels que la modernisation de l’orthographe ou la datation des documents.

La correspondance entre Necker et Marmontel révèle plusieurs éléments : une amitié de 20 ans lors de laquelle l’état de la santé de Suzanne se dégradant à cause d’une maladie. On y apprend que Suzanne Necker et Jacques Necker ont été des témoins au mariage de Marmontel, ainsi que ces derniers ont perdu certains de leurs enfants en couche. On y décèle que Suzanne et Jean-François partagaient des conseils littéraires et avaient une culture classique commune qu’ils ont utilisée pour partager leurs sentiments intimes. Leur correspondance renseigne également sur leurs intérêts personnels, par exemple Marmontel mentionne son amour des poissons. 

Blandine Poirier explique également que la correspondance sert à la réhabilitation littéraire du salon Necker et de Suzanne Necker comme femme de culture et de savoir.

Blandine Poirier mentionne qu’il n’y a qu’une lettre dans laquelle Jean-François Marmontel s’adresse explicitement à Jacques Necker, même s’il existe plusieurs lettres adressées au couple. Un survol biographique de Jacques Necker a été effectué pour éclaircir la manière dontson parcours d’homme de Lettres a influencé son engagement littéraire et sa contribution à la Révolution française.

Ensuite, Mathilde Havret évoque la carrière littéraire de Jean-François Marmontel et son intérêt pour l’opéra. Il estimait le couple Necker au point où il sollicitait leur avis sur ses œuvres. En outre, elle affirme que l’opéra occupe une grande place dans le corpus des textes appartenant à la correspondance.

Pour conclure, les intervenantes expliquent qu’il y a des preuves grâce à l’étude des fragments des Mémoires de Marmontel qui démontrent que sa femme est intervenue à la rédaction de cette œuvre, probablement pour des raisons de jalousie.

Le séminaire s’achève sur une discussion entre le public et les intervenantes. L’organisatrice du séminaire, Linda Gil, commence par donner ses impressions sur la présentation, ce qui incite Blandine Poirier à parler de la frustration et des difficultés liées à leur travail. Elle mentionne que le manque de documents a posé des problèmes. À cet égard, elle met en lumière les interdictions imposées par Jacques Necker sur Marmontel.

La première question du public concerne la sincérité de Marmontel. Le premier participant suggère que Marmontel a flatté Suzanne afin qu’il participe au salon. Blandine Poirier confirme que son hypothèse est raisonnable et qu’il existe des lettres qui le prouvent. Ensuite le public s’intéresse aux lieux de domicile et aux déménagements de Jacques et de Suzanne Necker ainsi qu’au statut de Voltaire dans la vie de Marmontel. La séance se termine par des remerciements, l’ouverture sur des travaux futurs possibles et la présentation du site des comptes rendus des séances du séminaire sur le site Global 18 http://www.global18.org.