PRÉSENTATION DU TEXTE

LEXIQUE

PRINCIPALES QUESTIONS / PROBLÉMATIQUES

EXERCICE N°3 à rendre, si possible, pour le 1er décembre.

D’Alembert : […] Et vous parlez d’individus, pauvres philosophes ; laissez là vos individus ; répondez-moi. Y a-t-il un atome en nature rigoureusement semblable à un autre atome ? … Non… Ne convenez-vous pas que tout tient en nature et qu’il est impossible qu’il y ait un vide dans la chaîne ? Que voulez-vous donc dire avec vos individus ? il n’y en a point. Non, il n’y en a point… il n’y a qu’un seul grand individu ; c’est le tout. Dans ce tout, comme dans une machine, dans un animal quelconque, il y a une partie que vous appellerez telle ou telle ; mais quand vous donnerez le nom d’individu à cette partie du tout, c’est par un concept aussi faux que si, dans un oiseau, vous donniez le nom d’individu à l’aile, à une plume de l’aile… et vous parlez d’essences, pauvres philosophes ; laissez là vos essences. Voyez la masse générale ; ou si pour l’embrasser, vous avez l’imagination trop étroite, voyez votre première origine et votre fin dernière… Ô Archytas, vous qui avez mesuré le globe, qu’êtes-vous? un peu de cendre… qu’est-ce qu’un être? … la somme d’un certain nombre de tendances… est-ce que je puis être autre chose qu’une tendance ?… Non, je vais à un terme… Et les espèces ? … Les espèces ne sont que des tendances à un terme commun qui leur est propre… Et la vie ?… La vie ? une suite d’actions et de réactions… vivant, j’agis et je réagis en masse… mort, j’agis et je réagis en molécules… je ne meurs donc point… non, sans doute je ne meurs point en ce sens, ni moi ni quoi que ce soit… naître, vivre et passer, c’est changer de formes… et qu’importe une forme ou une autre ! chaque forme a le bonheur et le malheur qui lui est propre… depuis l’éléphant jusqu’au puceron… depuis le puceron, jusqu’à la molécule sensible et vivante, l’origine de tout… pas un point dans la nature entière qui ne souffre ou qui ne jouisse.”

EXERCICE N°2

Diderot, Le Rêve de D’Alembert (seconde partie : « Le Rêve de D’Alembert »).

Mademoiselle de Lespinasse : Après ce préambule, il s’est mis à crier, mademoiselle de L’Espinasse ! mademoiselle de L’Espinasse — Que voulez-vous ? — Avez-vous quelquefois vu un essaim d’abeilles s’échapper de leur ruche … le monde ou la masse générale de la matière est la grande ruche… les avez-vous vues s’en aller former à l’extrémité de la branche d’un arbre, une longue grappe de petits animaux ailés, tous accrochés les uns aux autres par les pattes… cette grappe est un être, un individu, un animal quelconque… mais ces grappes devraient se ressembler toutes… oui, s’il n’admettait qu’une seule matière homogène… Les avez-vous vues ? — Oui, je les ai vues. — Vous les avez vues. — Oui, mon ami ; je vous dis que oui. — Si l’une de ces abeilles s’avise de pincer d’une façon quelconque, l’abeille à laquelle elle s’est accrochée, que croyez-vous qu’il en arrive ? dites donc ? — Je n’en sais rien. — Dites toujours… vous l’ignorez donc ; mais le Philosophe ne l’ignore pas lui. Si vous le voyez jamais ; et vous le verrez ou vous ne le verrez pas, car il vous l’a promis, il vous dira que celle-ci pincera la suivante ; qu’il s’excitera dans toute la grappe autant de sensations qu’il y a de petits animaux ; que le tout s’agitera, se remuera, changera de situation et de forme ; qu’il s’élèvera du bruit, de petits cris ; et que celui qui n’aurait jamais vu une pareille grappe s’arranger, serait tenté de la prendre pour un animal à cinq ou six cents têtes et à mille ou douze cents ailes… (Eh bien, docteur ?)

Bordeu : Eh bien, savez-vous que ce rêve et fort beau, et que vous avez bien fait de l’écrire.

Le Rêve de D’Alembert